On rêve d'un idéal, on le prie, on l'appelle, on le guette, et puis le jour où il se dessine, on découvre la peur de le vivre, celle de ne pas être à la hauteur de ses propos rêves, celle encore de les marier à une réalité dont on devient responsable. C'est si facile de renoncer à être adulte, si facile d'oublier ses fautes, de mettre l'erreur au compte d'une fatalité qui masque nos paresses. Si tu savais comme je suis fatiguée soudain. J'ai eu ce courage-là, celui de t'aimer dans ta vie, qui était si compliquée. Compliquée de quoi? De tes tourments, de tes inachevés. J'ai passé tout ce temps à t'attendre, pendant que toi tu t'écoutais, mais l'idée de te rendre heureux me comblait de bonheur, et je me moquais bien tes contingences du quotidient. Je n'ai eu peur ni de ta brosse à dent dans mon verre, ni de tes bruits la nuit, pas plus que de ton visage froissé au matin, mon rêve m'a fait vivre bien au-délà de ca. Moi aussi il m'a fallu apprendre à lutter contre mes moments de solitude, contre mes instans de vertige. Les voyais-tu seulement? Je t'ai donné toutes les raisons du monde pour essayer d'admettre que ta terre tournait parfois à l'envers, mais que tu le veuilles ou non elle tourne dans un seul sens, et que tu le veuilles ou non elle te porterai sur son dos et tu tourneras comme sa. Il m'a suffit de voir ton corps qui s'éloignait un peu plus de moi chaque nuits, d'ouvrir mes yeux sur ton dos quand avant je découvrais ton visage endormi, de sentir tes mains qui se glissaient lêchement sur ma peau, Dieu que je haie tes "merci" quand je t'embrassais dans le cou...
Où es-tu? Marci Lévy